Cépages
Le montils, vieux cépage charentais du Pineau blanc
Dans un vignoble charentais dominé par l’ugni blanc, quelques domaines continuent de cultiver un cépage ancien et discret : le montils. Autorisé par l’appellation Pineau des Charentes, il apporte au Pineau blanc un caractère que les amateurs recherchent.
Un cépage charentais ancien
Le montils est un cépage blanc historiquement cultivé dans les Charentes. Avant la crise du phylloxéra, à la fin du XIXe siècle, le vignoble charentais reposait sur une palette de variétés bien plus large qu’aujourd’hui. Lors de la reconstitution des vignes, les producteurs ont progressivement privilégié des cépages plus productifs et plus résistants, au premier rang desquels l’ugni blanc.
Le montils a aussi ses faiblesses : il est très sensible à la pourriture grise et aux gelées de printemps, du fait d’un débourrement précoce. Il a ainsi reculé jusqu’à devenir une rareté. Il figure pourtant toujours parmi les cépages autorisés par le cahier des charges du Pineau des Charentes, aux côtés de l’ugni blanc, du colombard, de la folle blanche, du sémillon, du sauvignon, du jurançon blanc, du meslier Saint-François, du merlot blanc et du trousseau gris.
Pourquoi le montils intéresse les élaborateurs de Pineau
Un Pineau garde les sucres et une grande partie des arômes du raisin frais, puisque le moût ne fermente pas (voir le mutage). Le choix du cépage pèse donc directement sur le profil du Pineau, davantage encore que pour un cognac, où la distillation transforme profondément le vin.
Son jus est naturellement acide, une qualité recherchée pour la distillation du cognac comme pour l’équilibre d’un vin de liqueur : l’acidité répond à la douceur des sucres préservés par le mutage. Les producteurs qui l’ont conservé lui prêtent un caractère fruité, qui s’exprime particulièrement bien dans les Pineaux blancs élevés longtemps en fût. On le connaît aussi sous les noms de chalosse ou d’ancarot.
Où trouver un Pineau au montils ?
Peu de maisons revendiquent ce cépage sur leurs étiquettes. En Petite Champagne, la Maison Beaulandry, à Guimps, fonde ses Pineaux blancs sur le montils, y compris son Vieux Pineau blanc, un assemblage de Pineaux vieillis au moins quinze ans en fût de chêne.
Lorsque le cépage n’est pas indiqué sur l’étiquette (sa mention est facultative, voir lire une étiquette de Pineau), le plus simple reste d’interroger directement le producteur : la plupart des Pineaux sont vendus en direct au domaine, où l’on connaît précisément la composition de chaque cuvée.
Les autres cépages du Pineau blanc
| Cépage | Place dans le vignoble charentais |
|---|---|
| Ugni blanc | Très largement majoritaire, base de la grande majorité des cognacs |
| Colombard | Cépage traditionnel, réputé pour son expression aromatique |
| Folle blanche | Cépage historique du cognac avant le phylloxéra, devenu minoritaire |
| Montils | Ancien cépage charentais, devenu rare |
| Sémillon, sauvignon | Cépages du Sud-Ouest, présents à la marge |
Pour les Pineaux rouges et rosés, ce sont d’autres variétés qui entrent en jeu : merlot noir, cabernet franc, cabernet sauvignon et cot (voir Pineau rouge et rosé).
Ce que le cépage change dans un Pineau
Dans un vin classique, la fermentation transforme profondément les arômes du raisin. Dans un cognac, la double distillation les concentre et les recompose. Le Pineau, lui, conserve le moût presque intact, adouci par le cognac et façonné par le fût. Le cépage s’y lit donc plus directement.
C’est pourquoi deux Pineaux blancs du même âge peuvent être très différents : l’un fondé sur l’ugni blanc, plus vif et plus neutre, l’autre sur le colombard, plus aromatique, ou sur le montils, plus rond. L’assemblage de plusieurs cépages, fréquent, permet au producteur d’équilibrer fraîcheur et générosité.
Préserver les cépages anciens
Garder un cépage rare a un coût pour un domaine : rendements souvent moindres, plants plus difficiles à trouver, travail particulier à la vigne. Les producteurs qui le font y voient une façon de préserver la diversité du vignoble charentais et de proposer des Pineaux au caractère singulier.
Ce mouvement n’est pas propre aux Charentes : dans de nombreuses régions viticoles, des vignerons remettent en avant des variétés anciennes, longtemps délaissées au profit de cépages plus productifs.
Montils : questions fréquentes
Le montils est-il utilisé pour le cognac ?
Oui, il fait partie des cépages autorisés pour le cognac comme pour le Pineau, mais il y reste très minoritaire.
L’étiquette doit-elle mentionner le cépage ?
Non. La mention du cépage est facultative ; les producteurs l’indiquent surtout lorsqu’il s’agit d’une variété qu’ils souhaitent mettre en avant.